Les avantages méconnus du pilier 3a
Patrick Eugster
Auteur
Le compte d'épargne jeunesse fait partie de la Suisse au même titre que le fromage, le chocolat et les montres. Pourtant, il existe aujourd'hui une alternative bien meilleure.
Cet article a été initialement publié sur The Market (NZZ).
Cette année encore, je vais économiser environ 1 500 frs d'impôts en versant dans mon pilier 3a. Pour beaucoup, cette déduction fiscale est la raison principale d'investir dans le troisième pilier lié. Bien que l'avantage fiscal soit souligné par les médias en fin d'année et soit souvent mis en avant, il est finalement moins déterminant qu'on ne le pense. En effet, lors du retrait des fonds à la retraite, l'impôt sur le retrait de capital est dû, et il dépasse souvent les avantages fiscaux obtenus précédemment, relativisant ainsi les économies réalisées. Alors, le pilier 3a n'en vaut-il pas la peine ?
Sarah et son pilier 3a
Si, car trois autres avantages sont bien plus décisifs, comme j'aimerais le montrer avec un exemple concret. Prenons Sarah, 25 ans aujourd'hui, qui verse chaque année le montant maximum actuel de 7 056 frs. Elle choisit une solution de titres avec une part d'actions élevée et des frais annuels de 0,4 % sur l'ensemble de la fortune. Dans cet exemple, je table sur un rendement des actions de 6 %. Tu trouveras d'ailleurs ici un comparatif actuel et indépendant entre les différents prestataires de 3a. Sur quarante ans, elle accumule environ 990 000 frs. Elle échelonne le retrait de ses fonds 3a sur cinq ans et paie 56 000 frs d'impôts. Il lui reste environ 930 000 frs. Auparavant, elle avait également pu économiser au total environ 56 000 frs d'impôts lors de ses versements. Était-ce donc un jeu à somme nulle ?
Patrick et ses placements privés
Pour répondre à cette question, jetons un coup d'œil à la situation de Patrick, également âgé de 25 ans. Il renonce au pilier 3a et investit exclusivement dans des ETF à bas coûts – par souci de simplicité, ceux-ci réalisent le même rendement que la solution de titres de Sarah. Mais comme il ne peut faire valoir aucune déduction fiscale, il ne peut pas investir 7 056 frs par an ; il doit d'abord payer l'impôt sur le revenu sur ce montant à un taux marginal d'imposition de 20 %. En conséquence, il ne peut investir annuellement que 80 %, soit 5 645 frs. Après quarante ans, la fortune de Patrick s'élève à 660 000 frs. Lors du retrait des fonds, il n'a en revanche pas d'impôts à payer.
Mais pourquoi finit-il avec 270 000 frs de moins que Sarah, même si l'avantage fiscal s'équilibre au moment du retrait ?
Dividendes, fortune et intérêts composés
La raison réside dans les autres avantages du pilier 3a. Premièrement, Sarah ne paie pas d'impôt sur la fortune sur ses avoirs du troisième pilier. Cumulé sur quarante ans, avec un taux marginal d'imposition de 0,2 %, elle économise ainsi près de 20 000 frs par rapport à Patrick. Deuxièmement, les dividendes sont exonérés d'impôt. Patrick doit les déclarer comme revenu. Avec un rendement sur dividendes de 2,5 % par an et un taux marginal d'imposition de 20 %, il doit verser chaque année environ 0,5 % supplémentaire de sa fortune aux impôts. En francs : environ 45 000 frs. Troisièmement, Sarah bénéficie d'avantages indirects qui, grâce à l'effet des intérêts composés, atteignent un total de 200 000 frs sur quarante ans. Comment ça ? Parce que Sarah paie moins d'impôts sur le revenu, la fortune et les dividendes, elle peut investir davantage par rapport à Patrick et générer un rendement supplémentaire sur ce surplus. Tu es perdu ? Voici un exemple simple basé sur la toute première année de Sarah et Patrick : Sarah investit 7 056 frs. Après quarante ans, cette somme devient 73 000 frs. Patrick, à cause de sa facture d'impôts, n'investit que 5 645 frs – soit environ 1 400 frs de moins par an. Après quarante ans, cela devient 58 000 frs. La différence initiale de 1 400 frs est passée à 15 000 frs au bout de quarante ans grâce aux intérêts composés. Si l'on fait le même calcul pour chaque année, on arrive à une différence d'environ 200 000 frs. À 65 ans, Sarah aura épargné plus de 250 000 frs de plus que Patrick. La seule différence entre les deux est que Sarah a choisi le pilier 3a au lieu d'investir par elle-même. La déduction fiscale lors du versement ne joue ici qu'un rôle secondaire et indirect. Le plus important est l'absence d'impôt sur la fortune et sur les dividendes, et le fait que ces économies d'impôts peuvent être réinvesties au total.